Qu’est-ce que l’empreinte carbone ? L’empreinte carbone est la mesure de la quantité d’émissions de gaz à effet de serre émise par un ensemble d’activités. On peut parler par exemple de l’empreinte carbone d’un pays, d’un individu ou d’une entreprise.

Mais à quel besoin répond l’empreinte carbone ? Et dans le cas d’une organisation, pourquoi et comment l’évaluer ?

Il y a quelques jours WEEM recevait François pour un webinaire sur la comptabilité carbone. Découvrez le replay ci-dessous.

Rappel des enjeux “énergie-climat”

Derrière le carbone, il y a deux problèmes : la contrainte énergétique et le changement climatique. Il s’agit des enjeux “énergie-climat”. Révisons rapidement ces deux sujets.

La contrainte énergétique

La contrainte énergétique est un problème simple. Les matières fossiles (charbon, pétrole, gaz) sont présentes en quantité limitée sur Terre : leurs stocks sont limités, finis. Car leur durée de création est de l’ordre de plusieurs millions d’années. Nous les extrayons pour en exploiter l’énergie qu’elles contiennent, et réduisons les stocks. Et notre vitesse d’extraction (et de consommation) est très rapide, au point qu’il est de plus en plus difficile d’extraire ces matières, notamment le pétrole. L’Agence Internationale de l’Énergie affirme que le monde risque fortement d’être contraint par un déclin de l’approvisionnement en pétrole dans les 5 prochaines années.

Or, notre économie est grandement dépendante de notre consommation d’énergie. Par exemple, les travaux de Gaël Giraud estiment une élasticité entre PIB et consommation d’énergie de 60%. De plus, le pétrole joue un rôle particulier, car c’est lui qui permet les échanges internationaux que nous connaissons. Comment notre économie va-t-elle réagir face à une contraction forcée d’approvisionnement en pétrole ?

Pour approfondir ce sujet, je vous recommande de suivre les travaux du Shift Project et de Matthieu Auzanneau.

Le changement climatique

La réalité du changement climatique n’est plus contestée par les gens sérieux. Ses mécanismes sont de mieux en mieux cernés, expliqués et estimés par la communauté scientifique internationale, dont les résultats sont mis en commun dans le cadre du GIEC. Et ses conséquences sont maintenant mesurées par les scientifiques et ressenties par beaucoup d’entre nous. Ce qui manque encore à la compréhension plus aboutie du sujet par la majorité, c’est l’ampleur du chaos qui nous attend si nous n’accélérons pas nos efforts. Dans son dernier rapport d’évaluation, le GIEC estimait qu’il était probable d’atteindre entre +2°C et +5°C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle. 5°C, c’est ce qui nous sépare de la dernière ère glaciaire, durant laquelle l’Europe était recouverte de toundra et de steppe, et seulement quelques milliers d’humains vivaient sur Terre. 5°C, c’est un monde où de nombreuses zones deviendront invivables, notamment car elles seront trop sèches, trop chaudes et humides. Par exemple, voici une estimation du nombre de jours par ans durant lesquels il fera trop chaud et trop humide pour que notre corps puisse transpirer et garder sa température à 37°C en 2100.

Figure 1 : Nature Climate Change

Pour revoir ou mieux vous approprier les mécanismes du changement climatique, je vous recommande de participer à un atelier la Fresque du Climat.

Réaction politique

Depuis 1992, face à ces enjeux, la classe politique internationale se réunit, discute, négocie, et s’engage dans le cadre de la CCNUCC. L’Accord de Paris a mis presque tout le monde d’accord pour “Limiter bien en deçà de 2°C la hausse de la température, en faisant tous les efforts pour la maintenir en deçà de 1,5°C”. Ces objectifs impliquent des réductions très importantes des émissions de CO2, mais aussi des réductions des émissions de CH4 et de N2O, pour atteindre en 2050, un niveau d’émissions “brutes” total de 2tCO2e/personne/an.

Figure 2 : Évolution des émissions nettes mondiales de CO2, données OurWorldOurData et GIEC

On remarque que les émissions ci-dessus sont des émissions nettes, comme la différence entre les émissions “brutes” et les absorptions de CO2. Le point ZEN (Zéro Émission Nette) est aussi appelé neutralité carbone  : en plus de réduire, il va falloir absorber.

L’Accord de Paris, signé en 2015 et ratifié ensuite par la quasi-totalité des États du monde, les a notamment engagés à se fixer des objectifs de réduction des émissions domestiques de gaz à effet de serre. Par exemple, l’Europe s’est récemment engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050. Bien que tous ces engagements soient louables, ils ne sont pas suffisants. Ils ne sont pas à la hauteur de la réduction à réaliser. De plus, les trajectoires vers ces objectifs ne sont pas respectées. Le graphe ci-dessous permet de comparer les trajectoires à suivre des trajectoires de nos engagements et de nos résultats.

Figure 3 : Projections des émissions futures, par Climate Action Tracker

La France vise aussi la neutralité carbone en 2050. Cet objectif est inscrit dans la loi depuis 2019. Pour l’atteindre, la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) décline cet objectif sur des horizons de temps plus courts, et sur les différents secteurs d’activité. Elle suggère aussi des objectifs plus opérationnels concernant les différents secteurs, ainsi que des mesures réglementaires et fiscales.

Pour mieux comprendre ce qu’implique concrètement l’objectif de neutralité carbone en 2050 en France, je vous suggère de participer à un atelier 2tonnes.

Comptabilité carbone en entreprise

Enjeux pour votre entreprise

Dans un tel contexte, votre entreprise peut avoir de multiples raisons pour agir. Certaines entreprises, comme les entreprises de l’ESS et les entreprises à mission, s’engagent partiellement ou totalement par conviction, afin d’avoir un impact social ou environnemental positif.

Mais plus généralement, face aux enjeux rappelés plus haut et la transition qui est déjà en route, les entreprises doivent évoluer. Les risques physiques, les risques de transition, mais aussi les opportunités nouvelles, sont nombreux. Citons-en quelques-uns.

  • Dans ces derniers travaux, le Shift Project estime que l’Europe sera soumise à un déclin de l’approvisionnement en pétrole. Quels acteurs économiques seront touchés ? Quels seront les impacts sur le prix du baril ?
  • Afin de respecter nos objectifs, l’un des leviers réglementaires est d’augmenter considérablement la taxe carbone. Comment votre activité, ou la situation financière de vos clients en seront impactées ?
  • En France, de nombreuses entreprises sont obligées par la loi de réaliser un Bilan d’Émissions de Gaz à Effet de Serre. Bien que l’amende reste faible, cette amende pourrait augmenter, et cette obligation pourrait s’étendre à plus d’acteurs.
  • Toujours en France, les objectifs de la SNBC sont très ambitieux. Par exemple, il est prévu et inscrit dans la loi que la vente de véhicules thermiques neufs sera interdite en 2040. Comment le secteur des transports peut-il évoluer ?

Par ailleurs, certains enjeux relèvent de la communication, de l’image et des valeurs de votre entreprise, auprès de vos investisseurs, de vos clients, mais aussi de vos collaborateurs.

Pour répondre à ces enjeux, une entreprise doit agir. Agir pour le climat, c’est réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Agir face à la dépendance aux énergies fossiles, c’est aussi réduire ses émissions de CO2. Et pour réduire efficacement, il faut d’abord savoir quoi réduire. Il faut mesurer les émissions qui peuvent être réduites. Il faut calculer son empreinte carbone.

Principes de la comptabilité carbone

Comme la comptabilité financière classique, il s’agit de multiplication et de consolidation. Sauf qu’en comptabilité carbone, les coûts sont en kgCO2e, et non en €. Le “kgCO2e”, c’est une unité commune à tous les gaz à effet de serre (GES), et qui représente la masse de CO2 émise en terme d’impact (les GES sont différents et ont des impacts différents sur le climat).

Seconde différence, les coûts en kgCO2e sont appelés “facteurs d’émissions”. Ils prennent en compte les émissions générées par tout ou partie du cycle de vie du bien ou du service en question. Et ce sont des moyennes pour différents ensembles de biens ou services. Ces moyennes sont estimées grâce à des Analyses de Cycle de Vie (ACV).

En France, c’est la Base Carbone de l’Ademe qui contrôle, valide et met à disposition les facteurs d’émissions valables en France, mais aussi pour certains dans d’autres zones. Voici quelques exemples de facteurs d’émissions pour la production d’électricité par source de production.

Figure 4 : Facteurs d’émissions pour la production d’un kWh électrique

Pour approfondir ces principes ou découvrir d’autres ordres de grandeur, je vous invite à réaliser le calcul de votre propre empreinte carbone, avec NosGEStesClimat, un simulateur réalisé par Ecolab !

Les différentes méthodes

En France, plusieurs méthodes peuvent s’appliquer, des méthodes internationales comme le GHG Protocole, et des méthodes comme le BEGES ou le Bilan Carbone. Nous allons ici comparer brièvement 2 méthodes appliquées en France : le BEGES et le Bilan Carbone®.

Le BEGES est une méthode réglementaire, appelée par abus de langage le “bilan carbone obligatoire”. Actuellement, toutes les entreprises de plus de 500 salariés doivent le réaliser tous les 4 ans. Le résultat doit être publié sur le site de l’Ademe, accompagné d’un plan d’action.

Cette méthode a l’avantage d’être normée, réglementaire et permet d’embarquer un certain nombre d’acteurs. Pour en savoir plus, un guide méthodologique est disponible sur le site du Ministère.

Le Bilan Carbone® est une méthode, un ensemble d’outils et une formation qui permettent de réaliser un calcul prenant en compte un périmètre plus large. Son objectif est de donner aux organisations une approche plus holistique, permettant d’identifier un panorama plus large de leviers d’actions de réduction, et ainsi de construire un plan d’action plus complet. Cette méthode est encadrée par l’ABC. Pour pouvoir l’utiliser, il faut avant tout s’y former. Il est possible de vous former pour réaliser cette évaluation en interne, ou de faire appel à un comptable carbone expert. Nous sommes plusieurs indépendants chez WEEM à proposer notre accompagnement et notre expertise pour vous aider à mesure puis à réduire votre empreinte carbone à l’aide de cette méthode.

Pour en savoir plus sur les caractéristiques de ces deux méthodes, ainsi que sur les autres méthodes existantes, je vous recommande ce panorama des outils existants réalisé par l’ABC.

A vous de jouer !

Vous avez maintenant quelques clés pour agir, en commençant par calculer votre empreinte carbone. À votre échelle individuelle, vous pouvez dès à présent réaliser le calcul avec NosGEStesClimat. Vous pouvez aussi aller plus loin pour comprendre comment réduire cette empreinte dans un contexte national de transition en participant à l’atelier 2tonnes. La moyenne d’un Français est de 11tCO2e/an. Et vous ?

À l’échelle de votre entreprise, vous pouvez impulser ou accélérer une transition bas carbone, en proposant la réalisation d’un BEGES ou d’un Bilan Carbone®. Actuellement, d’après l’ABC, seulement 35% des entreprises obligées ont publié leur BEGES. Et seulement 23% des organisations se sont engagé dans un plan d’action. Qu’attendez-vous pour les rejoindre et amplifier le mouvement ?

Par François Laugier

En savoir plus sur François Laugier :

En tant que consultant et formateur, il met expertise et pédagogie au service des entreprises et des citoyens pour les accompagner dans leur démarche de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

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